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Les anciens-bergers dans l’Eglise

L’image biblique du berger qui prend soin de son troupeau – veillant des heures durant à sa sécurité, le conduisant dans de verts pâturages et vers des eaux paisibles, portant les brebis faibles, cherchant celle qui s’égare, soignant celles qui sont blessées ou malades – est précieuse. L’image du berger palestinien est empreinte d’intimité, de tendresse, d’attentions, d’habileté, de dur labeur, de souffrance et d’amour. Comme le déclare Derek J. Tidball, un ancien professeur au London Bible College, dans son livre Skillful Shepherds [Bergers compétents] : « Il y a un mélange subtil d’autorité et d’attentions » et « autant de rudesse que de tendresse, autant de courage que de consolation {1}. »

La relation entre le berger et la brebis est tellement riche que la Bible l’utilise sans cesse pour décrire Dieu et ses tendres soins pour son peuple. Dans l’un des Psaumes les plus précieux, David, le berger devenu roi, écrit :

« L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles » Ps 23:1-2

La Bible applique également l’image du berger au travail de ceux qui dirigent le peuple de Dieu (Ez 34).

C’est pourquoi, quand Paul et Pierre exhortent directement les anciens à s’acquitter de leur tâche, tous deux emploient la métaphore du berger. Il faut noter que ces deux grands apôtres n’assignent la tâche de paître l’Église locale qu’aux anciens, et à aucun autre groupe ni à aucune personne seule. Paul rappelle aux anciens d’Asie que le Saint-Esprit de Dieu les a placés au sein du troupeau comme « évêques » ou « surveillants » avec pour mission de paître l’Église de Dieu (Ac 20:28). Pierre exhorte les anciens à être pour l’Église ce qu’un berger est pour son troupeau (1P1 5:2). Nous devons donc considérer les anciens apostoliques et chrétiens, avant tout comme des bergers ou pasteurs du troupeau, et non comme des membres d’un conseil d’administration, des directeurs généraux ou des conseillers du pasteur.

Si nous voulons comprendre ce que sont les anciens et ce qu’est leur travail, nous devons revenir à la métaphore biblique du berger. Les anciens sont les gardiens du troupeau, et à ce titre ils doivent le protéger, le nourrir, le conduire et pourvoir à ses nombreux besoins pratiques. Passons en revue ces quatre tâches pastorales particulières en examinant les exemples, les exhortations et les enseignements du Nouveau Testament concernant les anciens chargés de paître le troupeau de Dieu.

I. Protéger le troupeau

Une partie importante de la tâche dévolue aux anciens dans le Nouveau Testament est de protéger l’Église locale contre les faux docteurs. Au moment où il quitta l’Asie Mineure, Paul convoqua les anciens de l’Église d’Éphèse pour une ultime exhortation. L’essentiel de la mise en garde de Paul est : Protégez le troupeau, car des loups arrivent :

Cependant, de Milet Paul envoya chercher à Éphèse les anciens de l’Église [ … ]. Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. Je sais qu’il s’introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n’épargneront pas le troupeau, et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc [ … ] (Ac 20:17, 28-31, italiques ajoutés).

D’après les qualités exigées par Paul, l’ancien doit avoir une connaissance biblique suffisante pour réfuter les faux docteurs :

Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville, s’il s’y trouve quelque homme irréprochable [ … ] attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable [ … ] de réfuter les contradicteurs (Tit 1:5-6, 9, italiques ajoutés).

Ainsi, les anciens de l’Église de Jérusalem s’assemblèrent avec les apôtres pour examiner une erreur doctrinale : « Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire [une fausse doctrine] » (Ac 15:6). Au même titre que les apôtres, les anciens de Jérusalem devaient être versés dans les Écritures pour pouvoir protéger le troupeau contre les faux docteurs.

Protéger le troupeau, c’est aussi chercher la brebis perdue et égarée ; il s’agit là d’un aspect de leur rôle que de nombreux anciens négligent. De plus, protéger le troupeau implique qu’on reprenne ceux qui pratiquent le péché, qu’on exhorte ceux dont les comportements et attitudes sont impropres (1Th 5:12) et qu’on fasse cesser les querelles internes. Tout en insistant sur le fait que les anciens doivent protéger le troupeau contre les erreurs doctrinales, le Nouveau Testament enseigne que les anciens ne doivent pas négliger de chercher les âmes perdues et de sanctionner tout comportement coupable.

La protection du troupeau est essentielle parce que les brebis sont des animaux sans défense. Ils sont totalement à la merci des loups, des ours, des lions, des chacals et même des voleurs. Phillip Keller, puisant dans sa riche expérience de berger et de chercheur dans le domaine agricole, en Afrique de l’Est et au Canada, explique que les brebis sont vulnérables et inconscientes du danger et même de la mort inévitable :

« Je me souviens du comportement adopté par un troupeau de brebis attaqué par des chiens, des pumas, des ours et même des loups. Souvent aveuglées par la crainte ou stupidement inconscientes, elles restent plantées là, observant les autres brebis mises en pièces. Le prédateur bondit sur un animal, puis sur un autre, et les déchire avec ses crocs et ses griffes. Pendant ce temps, les autres bêtes continuent d’agir comme si elles n’entendaient rien et ne voyaient pas le carnage autour d’elles. C’est comme si le péril de leur propre condition précaire leur échappait complètement {2}.

La protection des brebis contre le danger est de toute évidence un aspect essentiel de la tâche du berger. Il en est de même pour les bergers de l’Église, le troupeau de Dieu. Ils doivent continuellement protéger la communauté contre les faux docteurs. Même si ce ministère de sauvegarde est l’aspect négatif de la fonction du berger, il est indispensable à la survie du troupeau. Charles E. Jefferson (1860-1937), pasteur et auteur du livre The Minister as Shepherd [Le pasteur en tant que berger], souligne ce point vital : « Le pèlerinage du berceau au tombeau est périlleux [ … ] si chaque homme est environné de dangers, si l’univers est rempli de forces hostiles à l’âme, alors la vigilance est l’une des responsabilités les plus cruciales du pasteur {3}. » Les anciens sont donc les protecteurs, les sentinelles, les défenseurs et les gardiens du peuple de Dieu. Pour s’acquitter de cette tâche, ils doivent être des hommes spirituellement alertes et courageux.

I. 1. Spirituellement alertes

Un bon berger est toujours sur le qui-vive. Il connaît bien les prédateurs et comprend l’importance d’agir sagement et vite. De même, le berger du troupeau de Dieu doit être spirituellement éveillé et pleinement conscient des dangers subtils que recèlent les attaques de Satan. Il est cependant difficile d’être toujours éveillé et prêt à agir. C’est pourquoi Paul adresse aux anciens d’Asie cette exhortation : « Veillez » (Ac 20:31). Il sait que les bergers sont naturellement enclins à la paresse spirituelle, à l’indiscipline, à la négligence de la prière et à l’assoupissement. L’Ancien Testament le montre bien. Les prophètes de l’Ancien Testament vitupéraient contre les bergers d’Israël parce qu’ils avaient omis de veiller pour défendre le peuple contre les loups féroces. Le prophète Ésaïe décrit de façon pittoresque les chefs d’Israël comme des gardiens aveugles et des chiens muets :

Vous toutes, bêtes des champs, Venez pour manger, vous toutes, bêtes de la forêt ! Ses gardiens sont tous aveugles, sans intelligence ; Ils sont tous des chiens muets, incapables d’aboyer ; Ils ont des rêveries, se tiennent couchés, Aiment à sommeiller. Et ce sont des chiens voraces, insatiables ; Ce sont des bergers qui ne savent rien comprendre ; Tous suivent leur propre voie, Chacun selon son intérêt, jusqu’au dernier : Venez, je vais chercher du vin, Et nous boirons des liqueurs fortes ! Nous en ferons autant demain, Et beaucoup plus encore !
(Esa 56:9-12)

Les anciens, bergers du troupeau de Dieu, doivent veiller et prier. Ils doivent être conscients des choses qui changent aussi bien dans la société que dans l’Église. Ils doivent sans cesse s’instruire, en particulier dans l’Écriture sainte, veiller assidûment sur leur propre marche avec le Seigneur, prier sans relâche pour le troupeau et chacun de ses membres.

Qui peut évaluer les torts causés aux Églises de Jésus-Christ au cours des deux derniers millénaires, par la faute de bergers inattentifs, naïfs et non adonnés à la prière ? De nombreuses Églises et dénominations qui prônaient autrefois une doctrine et une pratique saines et orthodoxes, rejettent aujourd’hui presque tous les articles essentiels de la foi chrétienne et tolèrent les pratiques morales les plus déplorables qu’on puisse imaginer. À quoi cela est-il dû ? Les responsables des Églises locales étaient naïfs, mal instruits, sans vie de prière et inattentifs aux stratégies trompeuses de Satan. C’étaient des gardiens aveugles et des chiens muets, soucieux de leurs intérêts et de leur confort personnels. Quand leurs séminaires se sont débarrassés des vérités de l’Évangile et de l’inspiration divine de la Bible, ils dormaient. Ils ont invité naïvement de jeunes loups en vêtements de brebis au sein de leurs troupeaux pour en devenir les bergers spirituels. C’est ainsi qu’eux et leurs troupeaux ont été dévorés par les loups.

I.2. Des hommes courageux

Les bergers doivent avoir le courage d’affronter les prédateurs cruels. Le roi David était un berger d’un courage extraordinaire. Le premier livre de Samuel rapporte les expériences de David comme berger qui protégeait son troupeau contre le lion et l’ours :

Saül dit à David : Tu ne peux pas aller te battre avec ce Philistin, car tu es un enfant, et il est un homme de guerre dès sa jeunesse. David dit à Saül : Ton serviteur faisait paître les brebis de son père. Et quand un lion ou un ours venait en enlever une du troupeau, je courais après lui, je le frappais, et j’arrachais la brebis de sa gueule. S’il se dressait contre moi, je le saisissais par la gorge, je le frappais, et je le tuais. C’est ainsi que ton serviteur a terrassé le lion et l’ours, et il en sera du Philistin, de cet incirconcis, comme de l’un d’eux, car il a insulté l’armée du Dieu vivant. David dit encore : L’Éternel, qui m’a délivré de la griffe du lion et de la patte de l’ours, me délivrera aussi de la main de ce Philistin. Et Saül dit à David : Va, et que l’Éternel soit avec toi ! (1S 17:33-37.)

« D’une certaine manière, nous nous sommes faits à l’idée que l’erreur est uniquement ce qui est horriblement faux ; nous ne semblons pas comprendre que la personne la plus dangereuse est celle qui ne souligne pas ce qui est vrai. »

(D. Martyn Lloyd-Jones, Studies in the Sermon on the Mount [Sermon sur la montagne], 2:244)

Un courage comme celui dont David faisait preuve est une qualité essentielle pour tout responsable. Des journalistes demandèrent un jour à un homme d’État universellement connu : « Quelle est la qualité la plus importante que doit posséder un responsable national ? » Il répondit : « Le courage. » C’est vrai non seulement pour les chefs politiques, mais également pour les anciens de l’Église. Pour dénoncer et sanctionner le péché dans l’Église (en particulier celui de membres influents ou de responsables), régler des querelles intestines, tenir tête aux docteurs de renom et aux sommités théologiques qui propagent de fausses doctrines retentissantes, il faut du courage. Sans le courage de combattre pour la vérité et pour la vie du peuple de Dieu, l’Église locale serait balayée par n’importe quelle nouvelle tempête doctrinale ou dissension interne.

Beaucoup de croyants sont faibles, immatures et instables ; les anciens doivent donc leur servir de mur de protection, pour les mettre à l’abri du danger redoutable que constituent les loups cruels et autres influences destructrices. Le mercenaire, lui, « voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite ; et le loup les ravit et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en peine des brebis » (Jn 10:12, 13). Un ancien qui est un bon berger est prêt, comme le « souverain berger », à donner sa vie pour le troupeau local. Il mourra plutôt que de laisser le loup dévorer le troupeau.

II. Nourrir le troupeau

Le Nouveau Testament insiste beaucoup sur le caractère central de l’enseignement de la Parole de Dieu. Jésus, le bon berger, était un enseignant hors du commun ; il commanda à ses disciples d’enseigner aux autres tout ce qu’il leur avait prescrit (Mt 28:20). À Pierre, le Seigneur dit : « Pais [enseigne] mes brebis » (Jn 21:17). Les apôtres étaient des docteurs, ou enseignants, et les premiers chrétiens étaient fermement attachés à l’enseignement (Ac 2:42). Barnabas alla chercher Paul pour l’aider à enseigner dans l’Église d’Antioche (Ac 11:25, 26). Paul exhorta Timothée à s’appliquer « à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement » (1Ti 4:13). Dans l’ordre des dons spirituels de 1Corinthiens 12:28, le don d’enseignement vient en troisième lieu après le celui d’apôtre et celui de prophète. L’enseignement est donc l’un des plus grands dons auxquels une communauté devrait aspirer (1Co 12:31).

James Orr (1844-1913), théologien et apologiste écossais, est surtout connu comme éditeur général de l’encyclopédie biblique en plusieurs volumes, The International Standard Bible Encyclopedia. Il avait remarqué la place prépondérante de l’enseignement dans l’Église chrétienne primitive. Voici ce qu’il écrivit : « S’il existe au monde une religion qui exalte la charge de surveillant, on peut dire à juste titre que c’est la religion de Jésus-Christ {4}. »

Contrairement à ce qui se passe aujourd’hui parmi les anciens qui constituent le conseil d’administration de l’Église, à l’époque du Nouveau Testament, tous les anciens devaient être « propres à l’enseignement » (1Ti 3:2). Dans la liste des qualités que doit posséder l’ancien, Paul déclare que celui-ci doit être « attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs » (Tit 1:9, italiques ajoutés). Dans un passage de la plus haute importance consacré aux anciens, Paul parle de ceux qui travaillent à la prédication et à l’enseignement et qui, à ce titre, méritent d’être soutenus financièrement par l’Église locale :

Que les anciens qui dirigent bien soient jugés dignes d’un double honneur, surtout ceux qui travaillent à la prédication et à l’enseignement. Car l’Écriture dit : Tu ne muselleras point le bœuf quand il foule le grain. Et l’ouvrier mérite son salaire (1Ti 5:17, 18, italiques ajoutés).

Paul rappelle aux anciens d’Éphèse qu’il leur a fait connaître, ainsi qu’à l’Église, tout le conseil de Dieu : « Car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher » (Ac 20:27). Le temps était venu pour les anciens de faire de même. Puisque les anciens sont chargés de paître le troupeau de Dieu (Ac 20:28; 1 Pi 5.2), un aspect de leur tâche de berger est de s’assurer que le troupeau est correctement nourri de la Parole de Dieu.

Il faut bien nourrir les brebis parce que les brebis sont pratiquement incapables de se nourrir et de se désaltérer toutes seules correctement. Sans berger, les brebis se retrouveraient rapidement sans pâturage et sans eau, et dépériraient bien vite. Comme le fait remarquer avec justesse Charles Jefferson, « tout dépend de l’alimentation correcte des brebis. Si elles ne sont pas bien nourries, elles maigrissent et tombent malades, et toute la fortune investie dans le troupeau est dilapidée. Lorsque le prophète Ézéchiel brosse le portrait du mauvais berger, il commence par accuser le berger de n’avoir pas nourri le troupeau {5}. »

L’Esprit crée la communauté chrétienne au moyen de la Parole de Dieu (1P 1:23 ; Ja 1:18). Cette même Parole conduit le peuple de Dieu vers la maturité, le fait croître et le protège. C’est donc un impératif scripturaire que l’ancien soit « capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs » (Tit 1:9). Les anciens protègent, guident, dirigent, nourrissent, consolent, instruisent et soignent le troupeau par la prédication et l’enseignement de la Parole. La Parole comble effectivement de nombreux besoins pastoraux du peuple de Dieu. Les lacunes des anciens en matière de connaissance et d’enseignement de la Parole sont l’une des raisons principales pour lesquelles les erreurs doctrinales envahissent les Églises aujourd’hui et paralysent leur vitalité et leur puissance.

S’exprimant à propos de l’exigence biblique imposée aux anciens de connaître la Bible, et d’être capables de l’enseigner et de la défendre, Neil Summerton, ancien et auteur du livre A Noble Task : Eldership and Ministry in the Local Church [Une noble tâche : anciens et ministère dans l’Église locale], dit ceci :

« C’est pourquoi Paul enseigne on ne peut plus clairement à Timothée et à Tite que la qualité indispensable qui, soit dit en passant, différencie l’ancien du diacre, est la capacité de maîtriser la doctrine chrétienne, de la juger chez autrui, de l’enseigner et d’en débattre avec ceux qui enseignent l’hérésie (1Ti 3:2; Tit 1:9-16).
Le ministère de pasteur-enseignant est aussi l’un des principaux moyens par lesquels les anciens communiquent leur orientation et leur vision à la communauté chrétienne ; or, cette aptitude à communiquer est l’une des exigences fondamentales d’un leadership efficace.
Il y a bien ceux qui sont enclins à se rebeller contre cette insistance et qui prétendent que les anciens ont davantage besoin de dons pratiques pour s’assurer que leur administration est efficace et harmonieuse. À cela, je réponds que cette conception des choses ne tient pas compte de l’insistance que l’Ancien et le Nouveau Testament placent tous deux sur la nécessité pour le troupeau de Dieu d’être conduit par des bergers capables de le nourrir spirituellement. Dans ce but, il faut ajouter les qualités personnelles indispensables à la réception et à la transmission de la parole du Seigneur comme moyen de nourrir, de protéger et de rétablir les membres individuels du troupeau. Ce ministère ne doit pas nécessairement s’exercer du haut de la chaire ; en outre, il se peut que les dons d’un ancien gravitent autour du ministère de l’enseignement, tandis que ceux d’un autre se focalisent davantage sur les soins pastoraux. Mais tous les anciens doivent avoir une bonne connaissance de la foi et la capacité d’enseigner et d’instruire aussi bien en petits groupes que sur une base individuelle.
Ensuite, si les anciens n’ont pas les compétences pratiques voulues pour l’administration indispensable du troupeau, qu’ils désignent une ou plusieurs personnes (peut-être en tant que diacres si elles possèdent les qualités spirituelles requises pour cette fonction) pour les assister dans cette tâche. De plus, dans tout collège d’anciens, un ou plusieurs membres peuvent assumer ces fonctions, aussi longtemps qu’elles ne les empêchent pas de se consacrer aux tâches prioritaires de surveillance. Mais il faut à tout prix éviter de désigner comme anciens des personnes qui n’ont pas les qualités personnelles et spirituelles nécessaires, ou qui n’ont pas les dons d’ancien {6}.

III. Conduire le troupeau

Dans le langage biblique, le berger d’une nation ou d’un groupe de personnes est celui qui dirige ou gouverne (2S 5:2 ; Ps 78:71, 72). D’après Actes 20; 1Pierre 5, les anciens paissent le troupeau de Dieu. Paître l’Église locale signifie, entre autres choses, la conduire. Paul déclare à l’Église d’Éphèse : « Que les anciens qui dirigent [conduisent, gèrent] bien soient jugés dignes d’un double honneur » (1Ti 5:17). Les anciens dirigent, conduisent, gouvernent, gèrent, et prennent soin du troupeau de Dieu.

Dans Tite 1:7, Paul insiste sur le fait qu’un éventuel ancien doit être irréprochable moralement et spirituellement, parce qu’il est « économe de Dieu ». Un économe administre une maison ; il est revêtu d’autorité sur les serviteurs de son maître, sur ses biens et même sur ses finances. Les anciens sont les économes de la maison de Dieu, l’Église locale.

Les anciens sont aussi appelés « évêques » ou « surveillants » (Darby) {7}, ce qui signifie qu’ils ont la responsabilité de surveiller et d’administrer l’Église. Pierre utilise le verbe grec correspondant lorsqu’il exhorte les anciens : « J’exhorte les anciens qui sont parmi vous [ … ] : paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous, le surveillant [ … ] » (1P 5:1, 2, Darby). Dans ce passage, Pierre associe les notions de pasteur-berger (pâtre) et de surveillant quand il encourage les anciens à s’acquitter de leur tâche. On peut donc assimiler la fonction générale d’ancien à celle de surveillance pastorale du troupeau.

Diriger et gérer un troupeau sont des fonctions importantes, car, comme le fait remarquer Jefferson, les brebis sont nées pour suivre :

« Les brebis ne sont pas des voyageuses indépendantes. Elles ont besoin d’un guide humain. Elles ne peuvent pas se rendre toutes seules en un lieu prédéterminé. Elles ne sont pas capables de sortir le matin à la recherche de verts pâturages et de rentrer à la bergerie le soir. Elles n’ont, semble-t-il, aucun sens de l’orientation. Le pâturage le plus gras est peut-être tout près mais, livrées à elles-mêmes, les brebis sont incapables de le trouver. Quel est l’animal qui est aussi dépourvu que la brebis ? Elle mesure son impuissance, car aucun animal n’est plus docile qu’elle. Elle suit le berger là où il la conduit. Elle sait que le berger est un bon guide, et qu’elle a tout intérêt à le suivre {8}.

Les brebis doivent aussi être conduites vers les eaux fraîches, vers les nouveaux pâturages, à l’abri des chaleurs torrides de l’été. Cela oblige parfois le berger à les mener sur des sentiers étroits et rocailleux, au bord de précipices dangereux. Le berger doit aussi veiller au repos des brebis. Le soir, il faut les ramener à la bergerie ou dans l’enclos. Le berger doit donc savoir comment et où mener son troupeau. Il doit exploiter sagement la configuration du terrain, trouver les points d’eau nécessaires, penser sans cesse à de nouveaux pâturages et être prêt à faire face à toute difficulté.

III.1. Aptitude à gérer

Les principes qui président à la conduite et à l’administration d’un troupeau de brebis s’appliquent aussi à l’Église locale. Une communauté chrétienne {9} a besoin d’être dirigée, gérée, gouvernée, guidée, conseillée et d’avoir une vision. C’est pourquoi tous les anciens doivent être dans une certaine mesure des leaders et des managers {10}. Le collège d’anciens doit préciser la direction et les doctrines pour le troupeau de Dieu. Il doit fixer des objectifs, prendre des décisions, indiquer la direction, corriger les erreurs, stimuler le changement et motiver les gens. Il doit évaluer, planifier et gouverner. Les anciens doivent donc être capables de résoudre les problèmes, de diriger des hommes, de concevoir des projets et de réfléchir.

Un troupeau de brebis qui est en bonne santé et qui se développe n’apparaît pas sans efforts ; il résulte de la surveillance intelligente du troupeau et de la bonne gestion des ressources. Le berger connaît les brebis et veille intelligemment sur leurs besoins. Un bon ancien, berger du troupeau de Dieu, connaît les membres de l’Église. Il connaît leur sensibilité, leurs besoins, leurs difficultés, leurs faiblesses et leurs péchés. Il sait qu’ils peuvent se blesser les uns les autres. Il sait combien ils peuvent être têtus. Il a l’art et la manière d’aborder les gens. Il sait qu’il faut les conduire en douceur et avec patience. Il sait quand il faut être rude et quand il faut faire preuve de tendresse. Il sait quels sont les besoins des gens et comment les satisfaire. Il sait comment évaluer correctement leur état de santé et la direction de la communauté. Et s’il lui arrive de ne pas le savoir, il est prompt à trouver les réponses. Il se délecte à découvrir de meilleures façons et de nouvelles techniques pour conduire et gérer le troupeau.

Puisque les anciens sont chargés de paître et de conduire une communauté de gens, le Nouveau Testament exige que tous les candidats à cette fonction donnent des preuves de leur aptitude à gérer, en ayant déjà bien administré leur propre maisonnée : « Il faut qu’il dirige bien sa propre maison, et qu’il tienne ses enfants dans la soumission et dans une parfaite honnêteté ; car si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Église de Dieu ? » (1Ti 3:4, 5). L’Écriture déclare aussi que « les anciens qui dirigent [administrent, conduisent] bien soient jugés dignes d’un double honneur, surtout ceux qui travaillent à la prédication et à l’enseignement » (1Ti 5:17). Les anciens qui administrent correctement l’Église désirent donc être reconnus pour leur aptitude à diriger et à administrer, ainsi que pour leur service.

III.2. Dur labeur

La conduite et l’administration du troupeau ne demandent pas seulement des compétences et de la connaissance ; elles requièrent aussi beaucoup d’efforts. Le travail de berger est souvent pénible et inconfortable. Les brebis n’arrêtent pas de brouter et de boire, et leurs prédateurs ne se volatilisent pas dans la nature. Notez comment Jacob décrit son rôle de berger : « La chaleur me dévorait pendant le jour, et le froid pendant la nuit, et le sommeil fuyait de mes yeux » (Ge 31:40). Étant donné qu’un bon berger doit travailler dur, celui qui cherche ses aises est un mauvais berger, selon l’Écriture (Ez 34:2, 8). Un berger indolent et paresseux est une calamité et un danger pour le troupeau (Na 3:18; Za 11:17).

Faire paître le troupeau de Dieu exige une vie de consécration et de travail. C’est pourquoi Paul exhorte les croyants à honorer hautement et à aimer ceux qui travaillent d’arrache-pied pour prendre soin du troupeau (1Th 5:12 ; 1Ti 5:17). Les paroles de Hudson Taylor (1832-1905), fondateur de la Mission à l’Intérieur de la Chine, à propos du travail missionnaire s’appliquent aussi au rôle de berger du troupeau de Dieu : « La tâche d’un vrai missionnaire est un réel travail, souvent très monotone, apparemment rarement couronné de succès, accompli à travers des difficultés grandes et variées, mais incessantes {11}. » Si on pense que le rôle d’ancien confère un statut ou une position élevée dans l’Église, on trouvera beaucoup de volontaires pour remplir cette fonction ; mais si on le considère comme un travail pastoral exigeant, les candidats ne se bousculeront pas !

L’une des raisons qui expliquent pourquoi il y a si peu d’anciens-bergers ou de bons responsables d’Église est qu’en général les hommes sont paresseux, spirituellement parlant. La paresse spirituelle pose un énorme problème à la communauté chrétienne. C’est la raison majeure pour laquelle la plupart des Églises ne fonctionnent jamais selon le modèle biblique d’une direction collégiale d’anciens. Les hommes préfèrent se décharger de leurs responsabilités spirituelles sur d’autres, que ce soit leurs femmes, le clergé ou des ecclésiastiques professionnels.

La direction biblique assurée par des anciens, elle, ne peut exister dans le cadre d’un christianisme de nom. Il ne peut y avoir d’anciens au sens biblique dans une Église qui ne se conforme pas à la foi biblique. Pour qu’une Église soit dirigée par des anciens selon le modèle biblique, il faut des hommes fermement décidés à respecter les principes donnés par le Seigneur en matière de vie de disciple. Il faut des hommes qui cherchent premièrement le royaume de Dieu et sa justice (Mt 6:33), qui se sont au préalable présentés eux-mêmes comme un sacrifice vivant à Dieu et se considèrent comme esclaves du Seigneur Jésus-Christ (Ro 12:1, 2), qui aiment le Seigneur par-dessus tout et sont prêts à se sacrifier dans l’intérêt des autres, des hommes qui aiment comme Christ a aimé, qui sont disciplinés et prêts au sacrifice, des hommes qui se sont chargés de la croix et acceptent de souffrir pour Christ.

Certaines personnes disent : « Vous ne pouvez tout de même pas vous attendre à ce que des laïcs prennent soin de leur famille, travaillent toute la journée et fassent paître l’Église locale. » Ce jugement n’est pas fondé. De nombreuses personnes répondent aux besoins de leur famille, travaillent au-dehors et consacrent une partie non négligeable de leur temps à des activités sociales, philanthropiques, sportives ou religieuses. Les sectes sont généralement des mouvements laïcs qui survivent grâce au bénévolat de leurs membres. Nous, chrétiens attachés à la Bible, sommes en train de devenir un groupe de chrétiens paresseux, mous, prêts à en payer d’autres pour faire le travail. Il est frappant de constater ce que les gens sont capables de faire quand ils sont motivés à travailler pour une cause qu’ils aiment. J’ai vu des personnes construire ou transformer une maison pendant leur temps libre. J’ai aussi vu des hommes se discipliner pour acquérir une connaissance phénoménale de l’Écriture.

Le vrai problème ne réside donc pas dans le manque de temps et d’énergie des hommes, mais dans les idées fausses concernant le travail, le style de vie chrétien, les priorités dans la vie et plus particulièrement le service chrétien. Paul déclare aux anciens d’Éphèse : « Vous savez vous-mêmes que ces mains ont pourvu à mes besoins et à ceux des personnes qui étaient avec moi. Je vous ai montré de toutes manières que c’est en travaillant ainsi qu’il faut soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20:34, 35). Comment des hommes qui exercent une profession peuvent-ils paître l’Église sans porter préjudice à leur vie de famille et à leur vie professionnelle ? Ils savent se sacrifier, se discipliner, exercer la foi et la persévérance, en travaillant dur et en comptant sur la puissance du Saint-Esprit. R. Paul Stevens, auteur et instructeur au Regent College de Vancouver, en Colombie-Britannique, nous met sur la bonne voie en écrivant :

« Pour être en mesure d’exercer trois métiers à plein temps (travail, famille et ministère), les fabricants de tentes {12} (en référence à l’apôtre Paul qui travaillait de ses mains pour subvenir à ses besoins) doivent adopter un style de vie marqué par le sacrifice. Il leur faut mener une vie de renoncement et trouver littéralement leur loisir et leur repos dans le service de Christ (Mt 11:28). Ils doivent être prêts à sacrifier une mesure de réalisation professionnelle et de loisirs privés afin de remporter le prix (Ph 3:14). Beaucoup aimeraient être fabricants de tentes s’ils pouvaient s’enrichir et adopter un style de vie qui laisse une place aux loisirs et à la culture. Mais la vérité est qu’un ministère efficace dans l’Église et dans la communauté ne résulte que du sacrifice {13}.

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{1} D. J. Tidball, Skillful Shepherds : An Introduction to Pastoral Theology, Grand Rapids, Zondervan, 1986, pp. 46, 48.
{2} Phillip Keller, Un berger contemple le Bon Berger et ses brebis, Chaussée de Tubize, Éditeurs de Littérature Biblique, 1984, p. 78.
{3} Charles Edward Jefferson, The Minister as Shepherd, 1912, réimpr. : Fincastle, Scripture Truth, s.d., p. 43.
{4} James Orr, The Christian View of God and the World, Grand Rapids, Eerdmans, 1948, p. 20.
{5} Jefferson, The Minister as Shepherd, pp. 59, 60.
{6} Neil Summerton, A Noble Task : Eldership and Ministry in the Local Church, 2e édition, Carlisle, Paternoster, 1994, pp. 26, 27.
{7} NDT : La Nouvelle Bible Segond (NBS) utilise le terme « épiscope ».
{8} Jefferson, The Minister as Shepherd, p. 47.
{9} NDT : Les termes « communauté chrétienne », « communauté », « Église locale », « Église » et « assemblée » sont utilisés indifféremment dans ce livre.
{10} Pour une discussion approfondie sur les différences entre les leaders et les managers, voir Kenneth O. Gangel, Feeding and Leading, Wheaton, Victor, 1989, pp. 13-46.
{11} A. J. Broomhall, Hudson Taylor and China’s Open Century, 7 vol., vol. 5, Refiner’s Fire, Londres, Hodder and Stoughton, 1985, p. 350.
{12} NDT : À l’instar de l’apôtre Paul qui exerçait le métier de fabricant de tentes pour subvenir à ses besoins, ceux qui ont un travail séculier tout en étant engagés dans le ministère sont appelés « fabricants de tentes ».
{13} R. Paul Stevens, Liberating the Laity, Downers Grove, InterVarsity, 1985, p. 147.


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ancien église

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