sacerdoce-croyant

Le sacerdoce universel des croyants

L’expression « sacerdoce universel des croyants » ne se trouve pas dans la Bible, mais les textes qui l’enseignent s’y trouvent à profusion. Elle a été forgée par Luther qui l’a utilisée pour la première fois en 1520 dans son écrit « à la noblesse allemande », comme formule polémique contre la conception romaine et sacerdotale du ministère. Elle fut reprise par les autres Réformateurs avec les mêmes connotations. Ce principe du sacerdoce universel signifie que la mission de l’Église est celle de tous les croyants. C’est le peuple de Dieu en son ensemble et en son sein (l’Eglise) chaque chrétien qui, à l’image du Christ, est une lettre écrite au cœur du monde par ses paroles et ses actes.

Luther disait : « On a inventé que le Pape, les Evêques, les Prêtres, les gens des Monastères seraient appelés état ecclésiastique, les Princes, les Seigneurs, les artisans et les paysans l’état laïque, ce qui est, certes, une fine subtilité, et une belle hypocrisie. Mais personne ne doit se laisser intimider par cette distinction, pour cette bonne raison que tous les Chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique ; il n’existe entre eux aucune différence, si ce n’est celle de la fonction, comme le montre Paul en disant (I Cor. XII) que nous sommes tous un seul corps, mais que chaque membre a sa fonction propre, par laquelle il sert les autres, … Ce que fait le Pape ou l’Evêque, l’onction, la tonsure, l’ordination, la consécration, le costume différent…, peuvent transformer un homme en cagot, ou en idole barbouillée d’huile, mais ils ne font pas le moins du monde un membre du sacerdoce ou un chrétien. En conséquence, nous sommes absolument tous consacrés prêtres […] »(Martin LUTHER, A la noblesse chrétienne de la nation allemande, Œuvres t.2, Genève : Labor et Fides, 1986, pp.84-85.)

Nous avons tous reçu « l’ordination » des mains de Dieu.

« Que tout homme qui se reconnaît chrétien soit assuré et sache de lui-même que nous sommes tous également prêtres, c’est-à-dire que nous avons le même pouvoir à l’égard de la parole et de tout sacrement […] ». (Martin LUTHER, De la captivité babylonienne de l’Église, Œuvres t.2, Genève : Labor et Fides, 1986, p.251.)

La Réforme n’a pas inventé ce principe. Elle l’a redécouvert et l’a déployé de manière originale. On le trouve bien sûr déjà exprimé dans le Nouveau Testament, dont on peut d’ailleurs noté qu’il ignore la distinction entre un clergé et des « laïcs ». On ne trouve dans le Nouveau Testament que le terme global de laos, pour désigner le peuple de Dieu, qui a donné le mot laïc.

I. Le fondement Biblique de la doctrine

Cette doctrine se fonde sur :

  • les textes du Nouveau Testament qui affirment que tous les croyants sont prêtres (ou
    sacrificateurs) :

1 Pierre 2 :4 à 9 « 5 En venant à lui, vous aussi, vous êtes devenus des « pierres vivantes ». Edifiez-vous mutuellement pour former un Temple spirituel. Vous y constituerez un groupe de prêtres mis à part pour Dieu, à qui vous offrirez des sacrifices spirituels qui lui sont agréables, parce qu’ils lui sont présentés par Jésus-Christ…9 Mais vous, vous êtes une « race élue », un corps de « rois-prêtres », vous constituez une « nation sainte », un peuple que Dieu s’est acquis en le libérant et qui lui appartient. Aussi devez-vous proclamer bien haut les perfections et les œuvres merveilleuses de celui qui vous a appelés à passer des ténèbres à son admirable lumière. »

Apocalypse 1 :6 « 6 A lui, lui qui nous aime, qui nous a déliés et libérés de nos péchés par son sacrifice, qui a fait de nous un peuple de rois et nous a institués prêtres pour servir Dieu son Père, à lui soit la gloire, la puissance et la domination aux siècles des siècles. Amen. »

  • le fait que le mot hiereus (prêtre) est utilisé dans le Nouveau Testament pour Jésus-Christ, pour les prêtres juifs et pour l’ensemble des croyants.

Il n’y a donc plus, dans la nouvelle alliance, de fonction sacerdotale confiée à une classe particulière ayant un rôle de médiation entre Dieu et les hommes ; Jésus-Christ est le seul médiateur entre eux (1 Timothée 2 :5). Il n’y a pas de prophètes qui iraient consulter Dieu pour nous, ni de « pasteur » ou « homme de Dieu » entre nous et Dieu.

  • sur le sens biblique (de la Septante) du mot clergé (leitourgos, leitourgia, latreia, prosphoran…).

Le mot kléros (qui a donné clergé) s’applique à tout le peuple (laos, qui a donné laïc) de Dieu qui est le kléros, le lot de Dieu.

Force est donc de constater, écrit l’exégète catholique Jean Delorme (on se demande comment il demeure « catholique » !) que le fait ministériel s’exprime dans le Nouveau Testament sans le dualisme postérieur entre « prêtres » et « laïcs », ni la corrélation avec une doctrine élaborée du « sacerdoce ». (Jean DELORME, « Diversité et unité des ministères d’après le Nouveau Testament », in : Le ministère et les ministres dans le Nouveau Testament, Paris : Le Seuil, 1974 p.312.)

Le terme grec laïcos, « laïc », n’apparaît pour la première fois que dans la lettre aux Corinthiens de Clément de Rome à la fin du 1er siècle. (« Epître de Clément de Rome aux Corinthiens » 40/5, in : Les écrits des pères apostoliques, Paris : Le Cerf, 1963, p.90.)

Le Nouveau Testament utilise rarement un vocabulaire sacerdotal et, quand il le fait, il l’applique au Christ, seul prêtre, seul médiateur, seul intermédiaire entre Dieu et les hommes. Ou alors il l’applique aux chrétiens eux-mêmes.

Matthieu 23:8 « Mais vous, ne vous faites pas appeler « Maître », car pour vous, il n’y a qu’un seul Maître, et vous êtes tous frères. »

Dans l’Église, il n’y a pas deux catégories de croyants, des ministres disposant de pouvoirs particuliers et d’un statut privilégié, et les simples fidèles. Il n’existe pas de hiérarchie, tous sont égaux devant Dieu. Tous les chrétiens sont exactement sur le même plan, appartiennent au même ordre, au même état, même si certains exercent des fonctions particulières. Les anciens (qui surveillent, dirigent et paissent les brebis
du Seigneur dont ils font eux même partie) n’ont pas de relations privilégiées avec le sacré, il n’est pas un intermédiaire entre Dieu et les hommes, ou Dieu et les frères. Que le peuple de Dieu comprenne sa liberté ! Amen !

II. Les actes des prêtres

Dans cette perspective, la doctrine du sacerdoce universel autorise également chaque enfant de Dieu à accomplir tous les actes du culte (rompre le pain pendant le repas du Seigneur ou baptiser) et à accéder à toutes les fonctions ecclésiastiques selon les codes que Dieu a lui-même établis. Il n’existe pas de domaines réservés aux « ministres » « ordonnés ». Et si pour défendre cela il faut mourir, alors nous mourrons.

Il en ressort :

  • Chaque croyant peut à présent s’approcher directement de Christ, la pierre vivante.
  • Il est devenu par sa nouvelle naissance une pierre vivante, c’est-à-dire de la même nature que Christ (2
    Pierre 1 :4).
  • Les croyants constituent ensemble la « maison spirituelle », c’est-à-dire le temple de Dieu de la nouvelle alliance.
  • Ils sont tous exhortés à s’édifier mutuellement.
  • Ils ont tous part au « saint sacerdoce ». Ils accomplissent donc la vocation du peuple de Dieu (Exode 19 :6). C’est à cause du sacerdoce universel que chaque croyant peut prendre des responsabilités dans l’Église, prêcher la Parole à ses frères, exercer une autorité partagée. Dans la communauté.
  • Ils sont exhortés à offrir des victimes spirituelles, c’est-à-dire (d’après Psaume 50 :14 et 23, 107 :22, 141 :2) des prières de louange et d’action de grâces (Hébreux 13 :15) ainsi que des services pratiques pour aider les autres (Hébreux 13 :16).
  • Ils doivent aussi annoncer les vertus de Celui qui les a sauvés, c’est-à-dire proclamer les œuvres magnifiques de Dieu.

 » … les chrétiens s’approchent de Dieu, non pour s’abîmer dans une contemplation mystique ou pour savourer les délices de leur salut personnel, mais ‘afin’ de servir ce Dieu dans un cadre qui déborde l’Eglise. Par la foi, ils ont connu l’intervention puissante de Dieu pour pouvoir, à leur tour, la faire connaître à d’autres (’afin que vous proclamiez les vertus … ’, cf. Esaïe 43:21). Dans la reconnaissance à l’égard de ‘Celui qui les appelés’, ils témoignent du bouleversement salutaire qu’a produit la Parole de Dieu dans leur vie. Ils désirent que d’autres hommes fassent l’expérience de ce passage des ‘ténèbres’ (du paganisme, de l’ignorance, du péché) à la ‘lumière’ (de la grâce, de la vérité, du salut) (Ephésiens 5:8)  » (J.C. Margot, Ep. Pierre p. 40)

C’est par une vie transformée que le nouveau peuple de Dieu rendra le mieux témoignage de la grâce dont il a été l’objet. Et ce n’est pas seulement la vie individuelle qui a été transformée : c’est en tant que maison de Dieu, où les uns sont unis aux autres dans l’amour, qu’ils attireront le plus efficacement ceux qui ne connaissent pas encore Celui dont toute grâce émane.

III. Tous ensemble

Nous remarquons aussi que ce ne sont pas les croyants isolés, mais LE PEUPLE en tant que collectivité qui accomplit son ministère sacerdotal. Le service des sacrificateurs de la nouvelle alliance consiste en :

  • La consécration de leur vie entière à Dieu, « comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Romains 12 :1). C’est là le culte (latreia) logique découlant de notre rédemption et que tous les sacrificateurs de la nouvelle alliance sont appelés à célébrer. Le sacrificateur s’offre d’abord lui-même à Dieu (2 Corinthiens 8 :5).
  • Un sacrifice de louange ; nous avons à présent tous un libre accès au sanctuaire (Hébreux 10 :20). C’est Jésus qui a ouvert pour nous « un chemin nouveau et vivant au travers du voile » (qui s’est déchiré).

« Par Lui offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom » (Hébreux 13 :15).

  • L’intercession était l’une des fonctions spécifiques des prêtres (sacrificateurs). Dans Apocalypse 5 :8 et 8 :3, le parfum qui monte vers le trône de l’Agneau c’est « la prière des saints », c’est-à-dire de tous les chrétiens. A présent, tous les rachetés ont le privilège et le devoir d’intercéder pour tous les hommes (1 Timothée 2 :1), spécialement pour les autres croyants et les serviteurs de Dieu (Ephésiens 6 :18 et 19, 2 Thessaloniciens 3 :1) – soit dans leur prière personnelle, soit dans les réunions de prière de l’assemblée (Actes 12 :12).
  • L’annonce de l’Évangile est présentée par l’apôtre Paul comme un service sacerdotal « afin que les païens soient (pour Dieu) comme une offrande agréable, étant sanctifiée par l’Esprit Saint » (Romains 15 :16). Tous les chrétiens sont appelés à être des témoins de Jésus-Christ (Actes 1 :8) et à répondre de l’espérance qui est en eux (1 Pierre 3 :15). L’une des fonctions des sacrificateurs était l’enseignement (Malachie 2 :7), tout frère capable d’enseigner peu enseigner. Nous sommes à la fois prêtres et prophètes, portant la parole de vie (Nombres 11 :29, Actes 2 :17, 1 Corinthiens 14 :31, Philippiens 2 :15).
  • L’édification mutuelle est un aspect important du sacerdoce que nous avons à exercer envers nos frères et soeurs. A côté du service de Dieu, ils sont appelés à servir leurs frères par l’enseignement mutuel et l’aide qu’ils peuvent leur apporter dans la recherche de la volonté de Dieu. Les épîtres abondent en recommandations dans ce sens adressées à tous les chrétiens : exhortez-vous les uns les autres (Colossiens 3 :16, 1 Thessaloniciens 5 :11, Hébreux 3 :13 et 10 :25 …), instruisez-vous (Colossiens 3 :16), édifiez-vous (Romains 14 :19), portez les fardeaux les uns des autres (Galates 6 :2), entretenez-vous par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels (Ephésiens 5 :19), ayez soin les uns des autres (1 Corinthiens 12 :24).
  • La bienfaisance et la libéralité sont mentionnées comme des sacrifices auxquels Dieu prend plaisir
    (Hébreux 13 :16). En remerciant les Philippiens pour leur don matériel, l’apôtre Paul utilise aussi le vocabulaire sacerdotal : c’est « un parfum de bonne odeur, un sacrifice que Dieu accepte et qui lui est agréable » (Philippiens 4 :18, 2 Corinthiens 9 :11).
  • L’exercice des différents dons pour le service. Dans Romains 12 :6, Paul exhorte chaque membre à
    servir les autres avec le don reçu. Ce passage suit immédiatement le rappel de la première fonction des sacrificateurs de la première alliance : l’offrande de leur corps à Dieu pour qu’Il s’en serve comme bon lui semblera. Dieu accorde aux membres de Son corps les différents dons énumérés dans les listes de charismata (grâce) (Romains 12, 1 Corinthiens 12, Ephésiens 4) pour accomplir ces fonctions. Cette doctrine du « sacerdoce universel des croyants » oubliée pendant la longue marche de l’Eglise, a été théoriquement redécouverte par les Réformateurs. Pratiquement, cependant, elle a trouvé peu d’applications dans les Églises de la Réforme et il faudra attendre le 19è siècle pour que certains groupes la mettent en pratique dans la vie de leur assemblée (Les assemblées des Frères).

IV. Les problèmes rencontrés dans la pratique

Ces précédents aspects de la fonction des sacrificateurs de la nouvelle alliance sont commun à tous les chrétiens. Il faut y ajouter les ministères qui diffèrent de l’un à l’autre suivant les dons reçus.

IV. 1. Le sacerdoce universel et l’individualisme dans l’Église

En effet on utilise souvent à tort, et surtout par une mauvaise compréhension, le principe du sacerdoce universel pour justifier l’individualisme (fréquent chez les évangéliques) et se soustraire aux exigences de la vie communautaire. Même si le sacerdoce universel souligne très clairement la responsabilité individuelle de chaque croyant devant Dieu, il implique aussi, en Christ, la relation avec les autres dans la communauté qui jouent pour moi, comme moi pour eux, ce rôle sacerdotal. Cela signifie que toute fonction exercée dans l’Église ne saurait se désarrimer de la communauté qui discerne, appelle, reconnaît. Au nom de quelques révélations mystiques que ce soit, on ne peut au nom du sacerdoce universel s’autoproclamer « enseignant », « prédicateur », « prophète »… etc.

Mais en même temps et réciproquement en quelque sorte, quand une charge est confiée, une autorité est conférée, ce qui implique une forme d’obéissance. Or il est souvent difficile d’accepter, notamment dans les assemblées, qu’à tous les niveaux doit exister une relation entre autorité et obéissance à Dieu. Dès lors qu’une responsabilité a été confiée à une personne ou à un groupe, l’autorité qui lui correspond pour l’accomplir doit être reconnue.

Ce qui implique que celles et ceux qui sont ainsi déchargés d’un service confié à d’autres leur doivent obéissance. On mesure à quel point un tel fonctionnement communautaire ou collégial requiert des relations confiantes entre des individus égaux exerçant des tâches confiées différentes.

IV. 2. Le sacerdoce universel et la doctrine des ministères

On constate souvent un glissement, qui conduit de l’égalité des chrétiens du point de vue de la dignité et de la responsabilité à l’égard de l’Evangile (égalité qui découle bien sûr du principe du sacerdoce universel), à l’équivalence des chrétiens du point de vue des tâches à accomplir, ce que ce même principe n’entraîne nullement. Ce passage de l’égalité à l’équivalence provoque des confusions qui ne sont pas sans conséquences.

Si le principe du sacerdoce universel indique que tous les Frères sont égaux en dignité devant Dieu, il ne signifie en rien que cette égalité soit uniformité ou indistinction totale des fonctions.

  • La fonction des anciens
    Les fonctions des anciens découlent des différents noms qu’ils portent dans le Nouveau Testament :
    -En tant qu’anciens, ils portent la responsabilité de la vie communautaire de l’assemblée, ils dirigent l’Église et organisent l’enseignement des adultes et des jeunes (pas qu’ils enseignent tout eux mêmes, mais qu’ils en portent la responsabilité).
    -En tant qu’épiscopes (évêques), ils surveillent les différents secteurs de l’Église : la construction de l’édifice de Dieu (évangélisation + suivi), son administration financière (par la coordination des diaconies Actes 6:3 « C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes, de qui l’on rende un bon témoignage, qui soient pleins d’Esprit-Saint et de sagesse, et que nous chargerons de cet emploi. ») et le fonctionnement des différents services dans le Corps de Christ.
    -En tant que guides ou conducteurs, ils ont à marcher devant le troupeau, à explorer les terrains neufs et à servir de modèles à ceux qui les suivent (1P 5:3). Ils sont les « économes de Dieu » (Tit 1:7 ; 1Co 4:2). Toutes les questions concernant l’orientation générale de l’Église : doctrine, expansion, politique financière … relèvent donc des anciens.
    Dans Ac 11:30, l’aide financière destinée aux pauvres de l’Église de Jérusalem est remise entre les mains des anciens. Dans Ac 15:6, 12, 15, ils examinent un problème doctrinal qui risquait de diviser l’Église. Ils assument cette direction collégialement, chacun contribuant à la marche de l’ensemble selon ses dons particuliers. Chaque membre de ce conseil agit au nom de tous et avec leur approbation. Il le représente dans les actes publics. Les anciens délèguent des taches aux autres membres de l’Église. Leur unité est primordiale pour le maintien de celle de l’Église.
    – En tant que bergers (pasteurs), les anciens doivent paître le troupeau de Dieu (Ac 20:28 ; 1P 5:2), c’est-à-dire veiller sur lui en le préservant des dangers qui le menacent (Jn 10:12-13 ; Ac 20:28-31 ; 1Th 5:12,14 ; Hé 13:17), le nourrir par un enseignement approprié (1Ti 3:2; 5:17) et prendre soin des brebis, surtout des plus faibles (Ac 20:35 ; 1Th 2:12; 5:12)

Ses « dons aux hommes » sont variés. Il nous a donné certains frères comme apôtres, d’autres comme porte-parole de Dieu, d’autres comme évangélistes, d’autres encore comme bergers et enseignants. Tous ces dons ont été accordés pour le perfectionnement des chrétiens afin qu’ils soient tous convenablement équipés pour leur service et que chacun soit rendu capable d’exercer son ministère en vue de la formation du Corps du Christ. » Ep 4:11-12.

« Veillez donc sur vous-mêmes et sur tout le troupeau de l’Eglise que le Saint-Esprit a confié à votre garde. Comme de bons bergers, prenez soin de l’Eglise de Dieu qu’il s’est acquise par son sacrifice. Je le sais : quand je ne serai plus là, des loups féroces se glisseront parmi vous, et ils seront sans pitié pour le troupeau. De vos propres rangs surgiront des hommes qui emploieront un langage mensonger pour se faire des disciples. Soyez donc vigilants ! Rappelez-vous que, pendant trois années, la nuit comme le jour, je n’ai cessé de vous conseiller un à un, et parfois même avec larmes.» (Ac 20:28-31).

D’après ces versets, c’est donc Dieu lui-même, Père, Fils et Saint-Esprit, qui donne les anciens pour qu’ils servent l’église. C’est lui qui accorde les « grâces de service » et qui « met dans le cœur l’empressement » et le « zèle » pour se dévouer au service des chrétiens (2Co 8:16 ; 1Co 16:15-16).

Mauvaise compréhension de « les uns aux autres » dans Ephésiens 5
Dans l’original, la proposition « soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Christ » constitue le dernier maillon d’une chaîne de participes présents qui précisent ce que signifie être remplis de l’Esprit. La plénitude de l’Esprit se traduit par la mise en œuvre de tout ce que décrivent les versets 5:19-21. Par ailleurs, il ne faut pas comprendre l’expression « soumettez-vous les uns aux autres » comme décrivant une soumission de réciprocité mutuelle, comme si tous les chrétiens devaient se soumettre les uns aux autres. Car :

a) le verbe grec traduit par « soumettre » désigne toujours une soumission à un rang, jamais une déférence mutuelle

b) l’idée est ensuite appliquée aux devoirs dans la maisonnée : l’épouse se soumet à son mari, les enfants à leurs parents et les serviteurs à leur maître (5:22-6:9)

c) le Nouveau Testament présente ailleurs cette même vision de la soumission (Colossiens 3:18-19, Tite 2:4-5, 1Pierre 3:1-6)

d) en grec l’expression traduite par « les uns aux autres » n’implique pas toujours une réciprocité (par exemple
dans Apocalypse 6:4).

Si tous les prêtres ne servent pas les frères en tant qu’anciens, comment devient-on ancien dans l’église ?
Celui qui sent en lui ce désir de servir et qui prend conscience des dons reçus cherchera tout naturellement à mettre ces dons au service des autres (1Co 12:7 ; 1P 4:10). Il en résulte diverses « opérations », c’est-à- dire actions (« Il y a toutes sortes d’activités, mais c’est le même Dieu ; et c’est lui qui met tout cela en action chez tous. En chacun, l’Esprit se manifeste d’une façon particulière, en vue du bien commun. » 1Co 12:6-7) qui ne pourront échapper aux chrétiens. Ainsi l’Église prendra, à son tour, conscience des dons qui lui ont été faits en la personne de ces frères et elle leur confiera diverses tâches pour les « mettre à l’épreuve ».

Cette mise à l’épreuve est exigée pour les anciens et les diacres : « Qu’on les éprouve d’abord, et qu’ils exercent ensuite leur ministère, s’ils sont sans reproche (ou : si on ne trouve rien à leur reprocher) » (1Ti 3:10). La forme de la phrase (kai outoi de : eux aussi) indique que les évêques (anciens) étaient aussi soumis à un stage probatoire.

Différents termes sont utilisés pour la manière de choisir des frères pour certaines fonction dans l’Eglise. La première fois où des chrétiens ont été sélectionnés pour un service particulier, l’apôtre Pierre dit à « la multitude des disciples » : « Frères, choisissez (episkeptomai) parmi vous sept hommes … que nous chargerons (kathistêmi) de cet emploi … Ils élurent (eklegô = donner son approbation) Étienne » (Ac 6:3-5). Le premier terme est apparenté à episkopos et signifie : regarder autour de soi pour faire un choix.
Le deuxième terme se retrouve dans Tit 1:5 (« Je t’ai laissé en Crète pour que tu achèves de mettre en ordre ce qui est resté en suspens, et que tu établisses dans chaque ville des responsables dans l’Eglise en suivant les directives que je t’ai données.»).
Le troisième (eklegô) est fréquent dans le grec profane et dans le Nouveau Testament. Luc l’emploie pour le choix des délégués chargés d’apporter la lettre contenant les décisions de la conférence de Jérusalem (Ac 15:22,25).
Un autre terme apparaît dans Ac 14:23 : « Ils firent nommer (cheirotoneô) des anciens dans chaque Église. » Ce mot ne se retrouve que dans 2Co 8:19 : « Nous envoyons avec lui (Tite) le frère dont la louange … est répandue dans toutes les Églises, et qui, de plus, a été choisi par les Églises pour être notre compagnon de voyage. » Les différentes conceptions du ministère se cristallisent autour de ce terme. Littéralement, il veut dire : lever ou étendre la main. On peut étendre sa main en pointant quelqu’un du doigt. Dans ce cas, on traduira : « ils leur désignèrent des anciens dans chaque ville. » On peut étendre ses mains et les poser sur la tête de quelqu’un. On obtient alors : « ils instituèrent des anciens » Mais cheirotoneô, n’a absolument rien à voir avec l’imposition des mains. C’est le terme technique qu’on emploie pour élire, désigner à une fonction, et l’idée de base n’est pas celle d’imposer la main, mais celle de la lever, façon usuelle de donner sa voix, de donner son approbation à un candidat.

IV. 3. Le devoir mutuel : Veiller les uns sur les autres

Hébreux 10:24 « Et veillons les uns sur les autres pour nous encourager mutuellement à l’amour et à la pratique du bien. »

Loin de nier le service confié aux anciens, la mutualité le confirme et le prolonge. Il en est, à la fois, le fruit et le soutien. Nous en trouvons la trace chaque fois qu’apparaissent les expressions: mutuellement, réciproquement, les uns les autres, expressions qui s’appliquent, faut-il le rappeler, aux membres du peuple de Dieu.

  • Exhorter (parakaléô), dans le sens de consoler, d’encourager
    Nous le trouvons aussi en 1 Th 4:18: « Consolez-vous – ou encouragez-vous – les uns les autres par ces paroles », c’est-à-dire dans le prolongement des paroles que moi, Paul, je vous adresse. En Hébreux 3:12-13, nous lisons: « Exhortez-vous les uns les autres, chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire: aujourd’hui! » et, en 10.25: « N’abandonnons pas nos assemblées, mais exhortons-nous réciproquement…». Tout ne passe pas pendant l’enseignement! Tout ne se réduit pas à l’activité des diacres, des anciens, même si celle-ci demeure nécessaire et très importante.
  • Instruire (didaskô)
    L’instruction est une tâche confiée en premier lieu aux ministères de la parole. En Actes 18:11, nous voyons Paul rappeler qu’il a instruit (didaskô) les Corinthiens pendant un an et six mois. Mais dans sa lettre aux Colossiens, il écrit: « Que la parole de Christ habite parmi vous abondamment; instruisez-vous (didaskô) et exhortez-vous (avertissez-vous, nouthétéô) en toute sagesse. » (Col 3:16) Ici encore, nous constatons une réelle responsabilité collective, non pas confondue mais étroitement associée à celle des enseignants (qui ne sont forcément pas tous anciens !).
  • Avertir ou reprendre (nouthétéô)
    Il s’agit là globalement, d’une prérogative du service des anciens. L’apôtre Paul écrit aux anciens: « Durant trois ans, je n’ai cessé d’exhorter (nouthétéô) avec larmes chacun de vous. » (Ac 20:31) Observons que l’apôtre, en écrivant cela, présente son ministère comme un exemple pour les anciens à qui il dit, dans le même verset: « Veillez! », c’est-à-dire: faites dans l’Eglise ce que j’ai fait pour vous.
    Nous retrouvons ce verbe dans un autre passage ; cette fois, c’est à toute l’Eglise que l’apôtre s’adresse (1 Th 1:1): « Nous vous exhortons (parakaléô), frères: reprenez (nouthétéô) ceux qui sont paresseux (les déréglés, les négligents), encouragez (paramuthéô) les timides, soutenez (antéchéô) les faibles, soyez patients envers tous. » (1 Th 5:14). Ce seul verset suffirait à justifier la notion de pastorat mutuel qui est un des objectifs principaux du service des anciens et des diacres, lesquels seront toujours nécessaires, pour amener les croyants à se servir les uns les autres!

Conclusion

Galates 6: « 3 Si quelqu’un s’imagine être une exception, (quelqu’un de trop important pour condescendre à porter les fardeaux d’autrui), il s’illusionne — mais il n’abuse que lui-même, car en réalité, (devant Dieu), il n’est rien. 4 Que chacun contrôle et juge son comportement, qu’il examine d’un œil critique sa vie et ses actions. S’il y découvre quelque aspect louable, que ce soit pour sa satisfaction personnelle, mais qu’il garde sa fierté pour lui et n’en fasse pas état devant les autres. Mesurez-vous par rapport à vous-mêmes et sans vous comparer à autrui, »

La doctrine du sacerdoce universel des croyants organise l’Eglise en insistant non pas sur des états différents (entre prêtres ou révérend pasteur, et laïcs), mais sur les fonctions différentes que peuvent exercer les membres d’une même Eglise. Ces fonctions sont souvent provisoires, et se résument par ce simple mot de  » service « . Dans le Nouveau Testament, celui qui exerce un ministère est d’abord un « diakonos » ce qui signifie en grec un serviteur. Ce mot a donné  » diaconie  » qui est encore utilisé pour désigner le service. Donc, le ministère n’est pas seulement pastoral ou didactique (enseignement). Il s’exerce dans bien des domaines. La direction est toujours collégiale et confiée à un groupe de responsables.


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Mots clés

ancien sacerdoce

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